
Kinshasa n’a pas assisté à une simple présentation d’ouvrage. Elle a reçu une claque. Une claque salutaire.Devant un parterre d’étudiants, d’avocats, de défenseurs des droits et de citoyens ordinaires, Me Gustave Kemu Mubenga*, avocat au barreau de Kinshasa-Matete et assistant en droit à l’UDEMAZ, a présenté son livre-choc : La problématique des droits humains en RDC : entre textes et réalité .Et dès l’intro, le ton est donné. Pas de langue de bois. “Notre Constitution consacre plus de 40 articles aux droits fondamentaux. L’article 16 dit que ‘la personne humaine est sacrée’. Mais quand je vois un jeune arrêté sans mandat à Matete, je me demande : à quoi sert une loi qui ne protège pas ?”Le livre qui pose la question qui dérange L’ouvrage part d’un constat brutal que Me Kemu vit chaque jour au cabinet et dans ses amphis : l’écart abyssal entre le droit écrit et le droit vécu.En 3 chapitres percutants, il décortique ce que vivent les Congolais. 1. L’Est qui saigne : “Un État qui ne protège pas ses citoyens perd sa raison d’être. Tant que l’Est saigne, parler de droits humains à Kinshasa sonne creux.” 2. L’espace civique muselé : militants arrêtés pour un tract, journalistes convoqués, marches dispersées. “Le problème n’est pas que la loi manque. C’est la volonté politique de laisser les citoyens parler.” 3. Une justice à deux vitesses : “Lente, coûteuse, inaccessible. Quand la victime est pauvre et l’auteur puissant, l’affaire s’arrête. L’impunité tue la loi plus que le crime.”Pourquoi ça bloque ? Me Kemu démonte 3 vérités Après 15 ans de barreau, son diagnostic est sans appel : 1. L’État est absent hors des villes. Sans tribunal ni police, ce sont les milices qui font la loi. 2. *Nos ressources nous divisent. “Coltan, cobalt… l’argent du sous-sol attire plus que la vie des gens du dessus.” 3. Le Congolais ne connaît pas ses droits. “On ne revendique que ce qu’on comprend. Tant que la Constitution n’est pas expliquée en lingala, swahili, tshiluba, kikongo, elle restera un document d’élite.”Un livre qui propose, pas qui pleure Me Kemu refuse la posture du critique de salon. Juriste de terrain, il aligne 4 pistes concrètes : 1. *Vulgariser le droit : traduire la Constitution, l’enseigner dès le primaire. 2. Protéger les sentinelles : journalistes, ONG, avocats ne sont pas des ennemis. 3. Oser la justice transitionnelle : dire la vérité sur les crimes, réparer, réconcilier. 4. Changer notre culture : “Les droits humains, c’est moi qui respecte mon voisin. C’est toi qui refuses la corruption.” La phrase qui résume tout “Les droits humains ne sont pas un luxe importé. Ils sont la condition minimale pour que nous puissions vivre ensemble.”Et il retourne la question au public : “La vraie question n’est pas ‘quand l’État va-t-il agir ?’. La vraie question est : ‘qu’est-ce que moi, Gustave Kemu Mubenga, que faites-vous, vous qui m’écoutez, pour que le droit de notre frère soit respecté aujourd’hui ?’”Pourquoi lire ce livre maintenant ? Parce qu’il ne parle pas des droits humains. Il parle de nous. De l’étudiant arrêté à Matete. De la mère déplacée de Rutshuru. Du journaliste convoqué. Dans un pays où l’on meurt encore pour un téléphone, où l’on se tait par peur, La problématique des droits humains en RDC est un manuel de survie citoyenne. Il ne donne pas de leçons. Il donne des armes : la connaissance, l’indignation, l’action.Me Gustave Kemu Mubenga signe ici plus qu’un ouvrage juridique. Il signe un acte d’engagement. Un rappel que la RDC sera forte le jour où chaque vie comptera. Vraiment.Disponible à Kinshasa. À lire, à débattre, à faire circuler. Parce que le droit qui dort dans les livres ne sert à rien.
candide kipulu