
La phrase claque. Et elle fait déjà le tour des réseaux. _« Quand Fayulu venait à l’UDPS, il était classé parmi les acteurs politiques mineurs, qui n’avaient aucun poids politique à cette époque-là. Nous l’avons fabriqué. » Signé Augustin Kabuya. Le Secrétaire général de l’UDPS a lâché la bombe ce week-end lors d’une matinée politique au siège du parti, à Limete.Face aux militants, micro en main, Augustin Kabuya est revenu sur le parcours de Martin Fayulu. Ton calme, mais mots tranchants. Pour lui, pas de débat : _« À son arrivée chez nous, Fayulu ne pesait pas. Il n’avait ni base, ni machine. C’est l’UDPS qui lui a donné la lumière. Nous l’avons fabriqué politiquement. »Dans la salle, applaudissements nourris. Dehors, la déclaration fait l’effet d’un pavé dans la mare.

Chez les pro-Fayulu, la colère monte. _« C’est du mépris »_, lâche un cadre de l’ECiDé contacté par téléphone. _« Martin Fayulu a son histoire, son combat. Personne ne fabrique un leader. Le peuple fabrique ses leaders. »_Côté UDPS, on assume. Un député du parti, présent à la matinée, défend : _« Le SG a dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Il faut respecter l’histoire. Fayulu a grandi sous l’ombre du Sphinx. C’est un fait. »_*Retour sur une histoire commune* Pour comprendre la passe d’armes, il faut remonter. Début des années 2000, Martin Fayulu rejoint l’UDPS. À l’époque, le parti d’Étienne Tshisekedi est la grande machine de l’opposition. Fayulu, homme d’affaires, y fait ses classes politiques. Il devient député provincial, puis national, sous les couleurs du parti.2011 : rupture. Il quitte l’UDPS, fonde l’ECiDé. 2018 : candidat commun de Lamuka à la présidentielle, il revendique la victoire. Depuis, les relations avec l’UDPS sont glaciales.
À deux ans des élections de 2028, chaque mot compte. Pour certains analystes, la sortie de Kabuya vise à _« recadrer le récit »_. _« L’UDPS veut rappeler qu’elle est la maison-mère de l’opposition. Et que beaucoup de leaders actuels sont passés par là »_, explique un politologue kinois.D’autres y voient une erreur. _« Dire qu’on a fabriqué un adversaire, c’est lui donner de l’importance. Et ça risque de souder son camp »_, note un éditorialiste. Jusqu’ici, Martin Fayulu n’a pas réagi officiellement. Sur X, ses partisans contre-attaquent : _« On ne fabrique pas un candidat qui fait trembler le pouvoir en 2018 »_, _« L’UDPS fabrique, mais c’est Fayulu que le peuple réclame »_.Une chose est sûre : à Kinshasa, la guerre des légitimités est relancée. Et le mot _« fabriqué »_ risque de coller aux débats politiques pendant un moment.Contacté, l’entourage d’Augustin Kabuya maintient : « Le SG a dit la vérité historique. Libre à chacun de l’accepter ou pas. »
Candide kipulu