
La grande salle de l’Université de Mazenod avait des allures de salle de réveil ce samedi 16 mai. À Kintambo, sur l’avenue Kasa-Vubu, l’université a officiellement lancé son Centre des Droits Humains , et l’École du Leadership Laurent Cardinal Monsengwo Pasinya. Objectif affiché : cesser de parler des droits humains en théorie pour les ramener là où ça fait mal : dans la rue, dans les tribunaux, dans les villages de l’Est.

C’est le recteur Clément Fiyungu qui a ouvert le bal. Ton grave, sans détour. “La RDC traverse un moment crucial de son histoire. Il ne suffit plus de rêver le développement, il faut le traduire en réalité tangible pour chaque citoyen.”Pour lui, cette conférence inaugurale n’est pas un exercice académique de plus. Elle doit servir à “analyser et tracer les procédures” pour que le droit sorte des textes. Au menu : droits humains entre mythe et réalité, justice transitionnelle, élections dans un système de parti dominant, indépendance des organes de gestion, sociologie des partis, transhumance politique, clientélisme, et surtout… pauvreté d’une population qui attend toujours les dividendes de ses richesses minières et agricoles. “Ce centre est pour toute la communauté de Mazenod. Ensemble, nous allons prouver que développement et droits humains vont de pair.”

Maître Kemu Mubenga Gustave, avocat au Barreau de Kinshasa/Matete, a ramené la discussion au sol. “Me Gustave Kemu Mubenga n’est pas venu faire un cours magistral. Il est venu dire ce que son cabinet et ses amphis lui montrent chaque jour : en RDC, le droit écrit et le droit vécu ne se parlent pas.
1. Le constat : 40 articles pour rien, si personne ne les fait respecter “Notre Constitution consacre plus de 40 articles aux droits fondamentaux. L’article 16 dit que la personne humaine est sacrée. L’article 26 garantit la liberté de manifester. Mais quand un jeune se fait arrêter sans mandat à Matete, quand une mère de Rutshuru raconte ce qu’elle a subi, à quoi sert la loi ?”Pour lui, c’est là la contradiction centrale. La loi existe. La protection, non.2. Trois blessures qu’il soigne au quotidien 1. L’Est qui saigne : Depuis 30 ans, ce sont les mêmes récits. Déplacements massifs, femmes violées comme arme de guerre, villages vidés. “Un État qui ne protège pas ses citoyens perd sa raison d’être. Tant que l’Est saigne, parler des droits humains à Kinshasa sonne creux.”2. L’espace civique qui se rétrécit : Militants arrêtés pour un tract, journalistes convoqués pour un article, marches pacifiques dispersées au gaz. “Le problème n’est pas l’absence de loi. C’est l’absence de volonté politique de laisser les gens parler.”3. Une justice malade et inaccessible : Lente, coûteuse, réservée à ceux qui ont les moyens. “Quand la victime est pauvre et l’auteur puissant, l’affaire s’arrête. Et tant qu’un officier ou un élu sait qu’il ne sera jamais poursuivi, il n’a aucune raison de respecter la loi.”3. Pourquoi on en est là Me Kemu voit trois causes : - Un État absent hors des villes, laissant le vide aux milices et aux pouvoirs coutumiers. - Des ressources minières qui divisent plus qu’elles ne développent. Quand l’argent du coltan passe avant la vie des gens, les droits reculent. - Un peuple qui ne connaît pas ses droits. “Tant que la Constitution n’est pas traduite et expliquée en lingala, swahili, tshiluba, kikongo, elle restera un document d’élite.”4. Ses propositions, de praticien Pas de discours creux, mais du concret : 1. Vulgariser le droit* dès l’école primaire, dans les langues locales. 2. Protéger ceux qui défendent les droits : journalistes, ONG, avocats. L’État doit les voir comme des sentinelles, pas des ennemis. 3. Oser la justice transitionnelle : dire la vérité, réparer, réconcilier au niveau local. 4. Changer la culture: les droits humains, ce n’est pas “l’affaire de l’État”. C’est chacun qui respecte son voisin et refuse la corruption.*5. La piqûre de rappel finale “Les droits humains ne sont pas un luxe importé. Ils sont la condition minimale pour vivre ensemble. La vraie question n’est pas ‘quand l’État va agir ?’. C’est ‘qu’est-ce que moi, Gustave Kemu Mubenga, et vous qui m’écoutez, faites aujourd’hui pour que le droit de notre frère, de notre sœur, soit respecté ?’”En 10 minutes, Me Kemu a rappelé l’évidence : une RDC forte, c’est une RDC où chaque vie compte. Le reste n’est que papier.

Mme Eugénie Kikango : “Le parti dominant est un paradoxe pour la démocratie”Docteure en Droit Constitutionnel et Philosophie du Droit de l’Université of the Free State en Afrique du Sud, Mme Eugénie Kikango a posé la question qui fâche : “Le parti politique est-il un mélange avec la démocratie ?”Elle a pris l’exemple d’Israël, de l’Allemagne sous Angela Merkel : un parti peut gouverner longtemps même dans un système ouvert. Mais en Afrique, dit-elle, le parti dominant crée un cercle vicieux. “Quand la CENI, la Cour constitutionnelle, la justice sont malades, le culte de la personnalité prend le dessus. Si vous êtes lésé, votre cas est rejeté. L’achat de conscience devient la règle. Et pourtant, le parti au pouvoir n’est même pas sûr de gagner sans tricher.”Son appel : créer un environnement démocratique réel, avec une opposition unie et une justice indépendante. Des institutions tenues par des gens qui organisent les élections puis partent, pas qui en font une carrière.

Le professeur Alphonse Bongo Mema a recentré sur le défi du leadership. “La RDC a tout : les mines, l’agriculture, les opportunités. Mais la gouvernance reste bloquée par la corruption, la faiblesse des institutions, l’insuffisance des infrastructures.”Pour lui, la sortie passe par une vision à long terme, une planification réelle et la formation d’un leadership innovant capable de fédérer les compétences.Une conférence apolitiqueLe mot d’ordre répété toute la journée : cette conférence est apolitique et scientifique. Mais elle ne fuit pas les sujets qui dérangent. “La Constitution consacre des droits fondamentaux. Mais à quoi sert une loi si les femmes continuent d’être violées à l’Est ? Si la justice est lente au point d’être inaccessible au Congolais modeste ? Si le système judiciaire est malade et que l’impunité règne ?”D’où le projet ambitieux lancé ici : oser la justice transitionnelle, parler droit dans la langue du peuple, et former une génération de juristes et de leaders qui ne détournent pas le regard.En sortant de l’amphithéâtre, les étudiants, enseignants et acteurs de la société civile n’avaient pas eu droit à un discours de façade. Ils avaient eu droit à un diagnostic brut. Et à une invitation : transformer ce centre en laboratoire de solutions concrètes.

Parce que comme l’a résumé le recteur Fiyungu : “Ici, on ne vient pas pour parler. On vient pour prouver que le développement et les droits humains sont indissociables.”
Candide kipulu
Je ne vois pas la photo de mon intervention ?
Ce très important.
Merci professeur remarque très pertinente
Je ne vois pas la photo de mon intervention ?
Ce très important.
Même pas une petite vidéo des nos activités en question.
Le rapport sur mon intervention ne parle pas tellement.
Contrairement au professeur Eugénie et Alphonse bongo.
Bonsoir Mr Candide. Merci d’avoir couvert la conférence inaugurale du Centre des Droits Humains hier.
Merci pour les résumés des conférence. Mais je suggère que vous obteniez auprès de Père Jean Bedel les résumés écrits par les conférenciers eux-mêmes. Ça vous aidera à rendre fidèlement ce que nous avions. Je peux aussi vous envoyer mon texte, si vous le désirez.
Nous espérons avoir des images et videos pour l’album du Centre.
Merci de votre travail et de votre collaboration.